Deuxième poème (recopié)

Je continue à recopier ici quelques poèmes que nous lisons en classe. Celui-ci a été écrit par Christian Bachelin, poète français né en 1933 (comme mon arrière-grand-père) et mort en 2014. Notre poète-à-l’école nous a expliqué que le nom anglais limerick désigne un poème farfelu, parfois absurde (dont personne ne comprendra jamais tout car il n’y a souvent rien à comprendre) qui était à la mode en Angleterre au XIXe siècle. Un limerick doit être composé de strophes de cinq vers rimés dans l’ordre AABBA.

LIMERICKS INÉDITS

Sans pieds sans dents sans tête
Je vieillis dans l’assiette
Le plafond me mange
Le volcan éteint me démange
Seuls les clous ont une tête

Je suis le roi des ramoneurs
Dit un vieux rat à sa petite sœur
Je m’enfonce dans les trous noirs
Puis ressurgis couvert de gloire
Vive le roi des ramoneurs

Un vieillard de cent ans
Se promène sans dents
Ça fait rire un bossu
Qui se pisse dessus
Peut-on vivre sans dents

Car je suis l’ange du Bizarre
Ainsi dit la queue d’un homard
Les homards dansent le quadrille
En bousculant les jeux de quilles
La vie est banale et bizarre

Un mouton rond comme un pommier
Rumine une herbe ensorcelée
Levant les vagues de l’océan
Jusqu’au sommet de tous les temps
Dormons à l’ombre du pommier

Dans le ventre d’une baleine
Jonas découvre l’univers
Universel il fume sa pipe
En proférant des prophéties
Écoutons chanter les baleines

Un rat mange du gruyère
Au fin fond d’un frigidaire
Attrapons-le par la queue
Cuisons-le à petit feu
Taisez-vous trous de gruyère

Le pissenlit aime à pousser
Dans les coins vagues et désolés
Quand il rencontre le chiendent
Alors c’est la joie du néant
Et les trains roulent dans le poussier

Les corbeaux labourent les plaines
D’amour obscur notre âme est pleine
Par temps sombre et mélancolique
On aime se blottir dans les plis
Les trains déraillent au bout des plaines


Christian Bachelin


Poème paru en mai 2004 dans le numéro 1 de la «  revue de poésie destinée aux enfants de cinq, six, sept à cent, cent dix-sept ans »
Dans la lune.

partagé par Anne-Gilduine

Johnny, Jean et François-René

La poésie ne connaît pas de frontières… Dans les rues de Combourg, aujourd’hui samedi 9 décembre 2017, les chansons de [allumer le] feu Johnny Hallyday sont diffusées en boucle. Ainsi, chacun peut-il apprécier ces vers délicats :

Quand tu ne te sens plus chatte
Et que tu deviens chienne
Et qu’à l’appel du loup
Tu brises enfin tes chaînes

 Quand mon corps sur ton corps
Lourd comme un cheval mort
Ne sait pas, ne sait plus
S’il existe encore

Demain, peut-être, entendra-t-on, dans les mêmes haut-parleurs, des pages de Jean d’Ormesson déclamées par un pensionnaire de la Comédie-Française.

Mais a-t-on jamais pu prendre connaissance, à Combourg, de passages des Mémoires d’outre-tombe sonorisés dans les rues ?
C’est dans les bois de Combourg que je suis devenu ce que je suis, que j’ai commencé à sentir la première atteinte de cet ennui que j’ai traîné toute ma vie, de cette tristesse qui a fait mon tourment et ma félicité…

Il est vrai que François-René, lui, n’avait pas les yeux bleus.

Un premier poème recopié

Maintenant, je veux commencer à recopier ici quelques poèmes que nous lisons en classe. Le premier est de Jean Tardieu mais notre poète-à-l’école en a changé certaines rimes. Quand on l’entend, c’est vrai, c’est encore plus drôle.

LES SEPT NAINS

La princesse Blanche-Neige,
Chez les sept nains qui la protègent,

Lave, nettoie, époussette,
Sept fois un, sept…

Lorsqu’une vieille aux jambes torses,
Sept fois deux, quatorse,

Lui dit : « Prends ce beau fruit, tiens ! »
Sept fois trois, vingt et ien,

Mais un des nains frappe à la vitre,
Sept fois quatre, vingt-huitre,

Et lui dit : « Garde-toi bien »,
Sept fois cinq, trente-cien,

« De mordre à ce fruit dangereux »,
Sept fois six, quarante-reux,

« C’est un poison qu’elle t’offre ! »,
Sept fois sept, quarante-noffre,

La vieille, dans les airs, s’enfuit…
Sept fois huit, cinquante-sui.

Et la Princesse des bois,
Sept fois neuf, soixante-trois,

Est sauvée par ses amis,
Sept fois dix, soixante-di.

partagé par Anne-Gilduine

Un drôle de genre

Mais qui est-elle, puisque nommée au féminin, « LA » CHATEAUBRIAND désignée à Combourg par une inscription sur un mur de la rue de Malouas, indiquant la salle de cinéma voisine ?

  • Perronelle Claude Lamour de Lanjegu dame de Chateaubriand, grand-mère paternelle de François-René ?
  • Bénigne Jeanne Marie Ravenel de Boisteilleul, sa grand-mère maternelle chez laquelle il fut placé en nourrice, à Plancoët ?
  • Appoline Jeanne Suzanne de Bédée, sa mère, à la fois superstitieuse et maladive, gaie et cultivée ?
  • Lucile Angélique Jeanne, sa « chère sœur », adorée et neurasthénique, de quatre ans son aînée, qui le surnomma « l’Enchanteur » ?
  • Charlotte Ives, fille du pasteur de Bungay rencontrée lors de son exil à Londres, et dont les amours se trouvèrent contrariées par l’opposition de la mère de la jeune fille ?
  • Céleste Buisson de la Vigne, son épouse digne, fidèle et énergique qui appelait ses maîtresses « ses madames », ainsi éreintée par Victor Hugo : « une personne maigre, sèche, noire, très marquée de petite vérole, laide, charitable sans être bonne, spirituelle sans être intelligente » ?
  • Pauline de Montmorin de Saint-Hérem, comtesse de Beaumont, maîtresse, femme du monde et salonnarde qui écrivait que « le style de M. de Chateaubriand me fait éprouver une sorte de frémissement d’amour ; il joue du clavecin sur toutes mes fibres », morte dans ses bras « d’une maladie de langueur » ?
  • Nathalie Lucie Léontine de Laborde de Méréville, épouse de Charles Arthur Tristan Languedoc de Noailles, qui fut « la petite mouche » de ses maîtresses et dont la passion lui inspira Les Aventures du dernier Abencérage?
  • Claire Louisa Rose Bonne Coëtnempren de Kersaint, duchesse de Duras, autre maîtresse et autre salonnarde, et féministe, qui favorisa sa nomination comme ministre des Affaires étrangères ?
  • La très belle Juliette Récamier, salonnarde elle aussi, et la plus célèbre d’entre elles, qui le verra mourir ?
  • La brune Olympe Pélissier, modèle favori du peintre Horace Vernet, liaison passagère d’Honoré de Balzac et seconde femme de Gioachino Rossini, qui jeta son dévolu sur le célèbre écrivain et brillant ministre ?
  • La Créole Jeanne Geneviève Fortunée Lormier-Lagrave, devenue Fortunée Hamelin, femme d’esprit parmi les Merveilleuses du Directoire, qui le séduisit comme elle avait séduit Bonaparte, Louis-Napoléon, Talleyrand, le duc de Choiseul ou Victor Hugo, mais dont le nom fut supprimé de la version imprimée des Mémoires d’outre-tombe à la demande de sa rivale Juliette Récamier ?
  • La jeune Cordélia de Castellane (homonyme d’une styliste pour enfants contemporaine), plus complètement Louise Cordélia Eucharis Greffulhe, comtesse de Castelane par son mariage avec le maréchal commandant les troupes françaises, sa « déesse des voluptés » qui provoquera la jalousie de madame de Récamier et deviendra la Marcelle de Castellane dans La Vie de Rancé?
  • La spirituelle, sentimentale et passionnée Marie-Élisa d’Hauterive marquise de Vichet, femme d’une beauté jugée exceptionnelle avec laquelle il connut une autre idylle ?
  • Cette grande amoureuse que fut la femme des lettres Hortense Allart de Méritens, dite aussi Hortense Allart de Thérase et Prudence de Saman L’Esbatx, féministe, militante de l’amour libre, ayant pour amants plusieurs autres hommes célèbres, autrice des Enchantements de MmePrudence de Samman l’Esbaix, ouvrage autobiographique préfacé par George Sand qui fit scandale, sa relation avec « l’Enchanteur » y étant rapportée ?
  • La fougueuse Léontine de Villeneuve, comtesse de Castelbajac par son mariage, « la jeune amie de ses vieux ans », de 35 ans sa cadette, « la naïade du torrent » rencontrée aux thermes de Cauterets qu’il nomme encore « l’Occitanienne », dans Mémoires d’outre-tombe ?

Quelle autre ?

Une idée, comme ça : dans un nouveau quartier qui serait construit à Combourg, pourquoi ne pas donner à chaque rue le nom d’une des femmes ayant compté dans la vie tumultueuse (nous n’avons pas dit dissolue) de François-René ?

Un autre zoo dans l’autre classe

J’ai rencontré
une salamandre agile
une licorne enjouée
une loutre adorable
un anaconda discret
un capricorne fier
un cobra méfiant
une marmotte éveillée
un boa grimpeur
une petite belette rigolote
une hermine maligne
un barracuda furtif
un husky cascadeur
une calme mésange bleue
un petit loup bavard
un grand fennec solitaire

une sterne curieuse
un ouistiti affamé
une orque malicieuse
une aigrette silencieuse
un paresseux comique
un lémurien fantasque
un perroquet répétiteur
une jument réfléchie
un petit loup bavard
un léopard tranquille
sans oublier une hirondelle agréable.
Où ? Dans la classe qui sera le mienne l’année prochaine !

Anne-Gilduine

Dire bonjour à l’inconnu, n’est-ce pas lui souhaiter la bienvenue ?

Dans les rues de Combourg, de La Chapelle-aux-Filtzméens, de Dingé, de Cuguen ou de Tinténiac, la plupart des gens qui se croisent, même s’ils ne se connaissent pas, se saluent :
« Bonjour !
— Bonjour ! »

Dans son (magnifique) livre Requiem pour un père (Verdier, 2013, traduction Bernard Banoun), Josef Winkler raconte qu’il avait quitté son village, enfant, ses parents s’installant dans une grande ville, et que là, il continuait, selon son habitude, de dire bonjour aux gens, dans les rues, et que l’on se moquait alors de lui, le considérant comme un idiot.

Huile et peinture acrylique sur toile (205 x 310 cm) de Gérard Fromanger, Corps à corps, bleu, Paris-Sienne, série « Sens dessus dessous », 2003-2006.

Eh bien, je préfère les villages. « À taille humaine », comme on dit.

Étape tranquille au bord du lac pour Clodine, Hevann, Rose et Prunelle

En quelque sorte, Clodine et Hevann sont des migrants. On a pu les apercevoir, lui en sabots, elle en bottes, trois ou quatre jours et autant de nuits, tranquillement installés sur un terrain à lotir, à deux petites encablures de la crêperie-bar-grill L’Angevine, au-dessus (au sud si ma boussole ne me trompe pas) de la route ceignant le « lac tranquille » du cher René.

Installés dans une roulotte douillettement chauffée par un ingénieux poêle à bois. Une roulotte semblant tout droit sortie d’une bande dessinée ou d’un conte merveilleux, et flanquée d’un petit camion blanc lui faisant discrètement escorte. Venant de Cancale, dans sa superbe livrée d’osier, cette roulotte-charrette, charriotte peut-être, vient de reprendre sa migration, vers le sud, tirée par deux ânesses (et non par une bicyclette orange), Rose et Prunelle, « sœurs de voyage ».

Poussée par son goût pour l’écriture et la littérature, Clodine était partie en avril d’Angers avec le projet de « feuilleter la France », six mois au moins d’un « Tour en France rurale et littéraire ». Un périple au cours duquel elle se promettait d’aller à la rencontre d’éditeurs, de libraires, de bibliothécaires et d’écrivains, de toutes les personnes placées, à un maillon ou à un autre, dans la chaîne du livre : « ceux qui font le livre et ceux qui le font vivre », ce qu’elle n’a pas manqué de faire, promesse tenue, à Combourg, de Tournez la page aux Sources.

Maintenant qu’elle est repartie, on peut découvrir et suivre les aventures de Clodine, impeccablement rapportées, avec simplicité, concision et justesse, sur son blog

http://porte-plume.ecriture.over-blog.com

et sur sa page Facebook (Clodine Porte-Plume)

https://www.facebook.com/clodine.porteplume?lst=1197221704%3A100000699384999%3A1509917797

Bonne route, amis migrants-rouliers-cochers-âniers-marcheurs-nomades-voyageurs-gens-du-voyage-itinérants-pérégrins-trimardeurs, beaux et heureux vagabonds, bon feuilletage !

 

 

Un zoo dans la classe

J’ai rencontré
un crocodile aimable
un babouin sportif
un aigle royal traqueur
une tigresse de Sibérie discrète
une coccinelle heureuse
un tigre bagarreur
une petite chenille
une genette curieuse
une chèvre coquine
un beau tigre à dents de sabre
un gorille chasseur
un requin gourmand
un lynx inoubliable
un grand jaguar
une lionne intelligente
une jolie chouette des bois
une tigresse intrépide
une otarie joueuse
une panthère noire
une antilope blanche
un dodo mémorable

« une » dauphin mystérieuse
un lapin rapide
un guépard tranquille
un singe surexcité
un petit panda roux
un faucon taquin
un serpent ardent
un lion véloce
un coq faisan coriace
un chiot belge fou
un iguane astucieux
et une gazelle étincelante
sans oublier une biche sympathique
ni un renard célère.
Où ? Dans ma classe !

Anne Gilduine

Des panouilles abyssales

Le poète
il nous a raconté
que dans l’appartement où il habite
à Combourg
il y a une télé
bloquée sur C8.
Il ne peut capter aucune autre chaîne.
Alors il voit
parce qu’il n’a pas le choix
l’émission de Cyril Hanouna
Touche pas à mon poste.
Et il nous a dit
qu’il n’éteint pas tout de suite
parce que ça l’intéresse beaucoup
de « mesurer le niveau de bêtise
de cet animateur inculte
et de ses chroniqueurs panouilles ».
Pour conclure
il a dit ce mot : « abyssal ».
Dans le dictionnaire,
j’ai regardé,
ça signifie
« D’une profondeur comparable
à celle d’un abîme, d’un abysse ».
Et panouille : « Terme d’argot désignant
un individu stupide, lourdaud, abruti, niais ».

Anne Gilduine